Pathologies auto-immunes : un lien avec la bipolarité ?

Jan 10, 2018 par

La bipolarité touche près de 7% de la population française et il est admis que 40% des dépressifs sont des bipolaires qui s’ignorent. Afin de diagnostiquer plus précocement ce trouble de l’humeur, les recherches cliniques s’orientent massivement sur l’identification des facteurs aggravant le risque de survenue de la maladie. Récemment, des chercheurs de Taiwan ont montré que les patients atteints d’une pathologie auto-immune ont deux fois plus de risque de développer un trouble bipolaire que ceux ne souffrant pas de ce type d’affection. Eclairage.

Bipolarité et pathologie auto-immune

Deux fois plus de risques de souffrir de troubles bipolaires

Depuis une dizaine d’années, les spécialistes en immunologie, en neurologie et en psychiatrie travaillent en étroite collaboration pour comprendre comment le système immunitaire agit au niveau du système nerveux.

Parmi leurs découvertes, il est fortement soupçonné que l’auto-immunité favoriserait l’apparition de maladies psychiatriques comme la bipolarité.

À savoir ! L’auto-immunité apparait lorsqu’un organisme ne reconnait plus ses propres constituants. Cela entraîne un ensemble de réactions immunitaires dirigées contre ses propres cellules et tissus. Actuellement, près de 150 pathologies auto-immunes sont répertoriées.

Pour mesurer le lien éventuel entre pathologie auto-immune et bipolarité, des chercheurs taïwanais ont exploité les données médicales de plus de 65 000 individus souffrant d’une affection auto-immune (comme le lupus érythémateux ou la polyarthrite rhumatoïde) et 262 000 personnes non atteintes par ce type de maladies.

Quelles sont les principales observations ?

La part de personnes souffrant de bipolarité était deux fois plus importante dans la population de personnes atteintes de maladies auto-immunes comparativement à la population témoin.

Le risque de survenue de bipolarité était d’ailleurs encore plus significatif chez les individus atteints de :

À savoir ! Le syndrome de Gougerot-Sjögren (ou « syndrome sec ») est provoqué par une infiltration de certaines glandes et principalement les glandes lacrymales et salivaires par des cellules immunitaires. Le patient présente une diminution des sécrétions de larmes et de salive avec constitution d’un syndrome sec. Cette infiltration peut toucher d’autres organes et notamment les poumons, les reins, les articulations ou encore les petits vaisseaux.

Autres facteurs aggravants et perspectives thérapeutiques

En analysant l’ensemble des données médicales issues de ces patients, suivis sur plus d’une dizaine d’années, les chercheurs ont identifié d’autres facteurs de risques d’apparition de la bipolarité.

La maladie nerveuse serait plus souvent retrouvée chez les individus de sexe féminin et jeunes et vivant dans la partie orientale de l’île de Taïwan. D’autres troubles ou maladies ont également été retrouvés préférentiellement chez les sujets bipolaires. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), le diabète, l’asthme, cancers, l’addiction à l’alcool ou les cirrhoses hépatiques sont des diagnostics associés fortement à la bipolarité.

Reste cependant à savoir si le lien entre pathologie auto-immune et risque de survenue de la bipolarité est causée par la défaillance du système immunitaire ou bien par la difficulté psychologique pour les patients de vivre au quotidien une maladie chronique synonyme d’une alternance de phase de stabilisation et phase de rechute de la maladie.

Même si la nature des relations de « cause à effet » reste encore indéterminée, ces travaux sur l’auto-immunité et la maladie bipolaire ont l’avantage d’apporter une nouvelle perspective en psychiatrie.

En effet, en remettant sur le devant de la scène l’aspect organique dans le risque de survenue de la maladie bipolaire, on peut envisager, à l’avenir, le développement de nouvelles approches thérapeutiques avec la prescription d’immunosuppresseurs ou d’anti-inflammatoires.

Julie P., Journaliste scientifique

– Affection auto-immune : un prélude à la maladie bipolaire ? Journal International de Médecine (JIM). Dr Alain Cohen. Le 26 décembre 2017.
– Systemic autoimmune diseases are associated with an increased risk of bipolar disorder: A nationwide population-based cohort study. J Affect Disord. Wang LY et al. Le 7 octobre 2017.
Julie P.

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